ESPACE CREATION - GALERIE ST LOUIS
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changement d'adresse ! [14/02/2009]
Article paru dans la revue ART SUD n° 57 [22/05/2007]
Cindy Sherman, l'autoportrait à vie [18/05/2006]
Les élans romantiques de Friedrich allemand [09/05/2006]
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changement d'adresse !
Ajouté le 14/02/2009 - Auteur : root

Galerie Saint Louis, 12 Place du Globe, 83000 TOULON
Article paru dans la revue ART SUD n° 57
Ajouté le 22/05/2007 - Auteur : root

GALERIE SAINT-LOUIS notre-dame de l’art singulier PAR JOSÉ LENZINI

Au coeur de Toulon, rue Notre-Dame, la galerie Saint-Louis est devenue un lieu incontournable pour les amateurs et découvreurs d’art singulier… une tendance qu’elle est seule à défendre et à promouvoir dans cette ville engluée dans un conformisme petit-bourgeois.

 

Timide ? Réservé ? Prudent ? Il doit être un peu de tout ça cet adolescent attardé au

regard mélancolique pourtant assorti d’un sourire malicieux. Avare de mots, Henry Hermellin a sans doute des scrupules à évoquer tel artiste, telle création. À chacun de voir, de juger. Lui se contente de choisir en fonction de ses goûts, de ses émotions.

Photographe de métier autant que de passion, il craignait que ne s’installe la torpeur de la vacuité quand, quinquagénaire préretraité devenu, il risquait de céder au rangement naphtaline. Il connaissait bien les peintres et autres créateurs de la région pour les avoir souvent clichetés avec son Leica. Il savait leur univers et cette part d’enfance qu’il poursuivait d’un cliché à l’autre. Passer de l’objectif aux cimaises, il n’y avait qu’un pas qu’il décide de franchir en mars 2001 avec Jean-Louis Salvadori – un peintre dont il partage les recherches et les créations – et une quinzaine d’autres créateurs de la région et d’ailleurs. « Nous avons créé une association qui puisse aider et promouvoir des artistes n’ayant pas assez de notoriété ou de moyens ou encore de chance pour pouvoir intéresser une galerie, exposer et se faire ainsi connaître. Nous avons lancé un appel en direction du public et, ainsi, nous avons pu lancer “Espace création” avec quelques adhérents. » Cette association ne suffisait pas. Il fallait trouver un lieu d’exposition…

Et ce sera la tâche à laquelle Henry Hermellin va se colleter « jusqu’en mars 2003 avec la découverte de ce grand espace libéré par un commerçant. Les travaux de remise en état n’étaient pas importants. Et, très vite, nous avons organisé une expo collective qui a connu un beau succès. Depuis nous enchaînons! » À ses débuts, il aura tendance à jouer la prudence en privilégiant l’École Toulonnaise et ses valeurs sûres. Mais d’autres choix vont rapidement s’imposer avec des expositions de représentants de l’Art singulier dont la galerie Saint-Louis est devenue le temple incontournable. Permanents ou pas, ils/elles sont une quarantaine à tonifier les cimaises. Tous attirent, surprennent, étonnent, sans jamais laisser indifférents. C’est le grand bonheur de la découverte par les formes, les couleurs et les matières qui restent proches du visiteur, sollicitent l’ailleurs par le dérisoire…

Une vieille boîte de conserve, un croquis enfantin, quelques couleurs de barbouillage primaire, un bout de ficelle et une marelle… Prévert qui tend la main à Dubuffet pour une grande ronde vers le simple, le beau qui ne se mettent pas en équation, en divagations schizophréniques.

C’est du bonheur à l’état pur… De celui qui anime tout à coup Hermellin qui exhibe une création en bois, un tableau qui se déhanche dans les lumières acides, une statue rose bonbon qui joue les Maryline. Tout ce joyeux bric-à-brac tend parfois vers le sombre, mais la spontanéité, le mouvement, la force jaillissent de chaque pore de la toile ou des matières.

Et la magie opère toujours. Plus de soixante ans ont passé mais les artistes singuliers ont su rester suffisamment pluriels pour ne pas enfermer leur art dans un plus-que-parfait !

Cindy Sherman, l'autoportrait à vie
Ajouté le 18/05/2006 - Auteur : root
Cindy Sherman est attablée devant un verre de champagne. On a envie de la dévisager. Observer le corps, les gestes. Cette Américaine de 52 ans réalise des autoportraits en photo depuis trente ans. Ou plutôt s'est choisie comme modèle unique pour incarner toutes sortes de rôles. Elle est tour à tour attirante ou répugnante, discrète ou impudique, gamine ou vieillarde. Elle pleure, agit, boude. Elle est au lit, à l'arrêt de bus, dans la cuisine. Dans une des images, son cadavre se décompose.

L'oeil passe avec délectation des images à la vraie Sherman. C'est presque une leçon sur le mensonge de la photographie. L'artiste a fait le déplacement de New York à Paris pour superviser son exposition qui a lieu jusqu'au 3 septembre au Jeu de paume. Deux cent cinquante fois Cindy Sherman sur les murs. Ça lui fait quoi ? "Je me dis que je peux mourir maintenant, dit-elle. C'est drôle et effrayant à la fois."

Dans le bar du centre d'art, elle est assise à côté d'Isabelle Huppert. Elles s'apprécient. Elles ont en commun un visage caméléon. Haute comme trois pommes, arborant une chevelure dorée, la vraie Cindy Sherman fait moins que son âge. Peau lisse et blanche, sourcils blonds, traits réguliers, maquillage discret. Une jolie femme plutôt anguleuse, alors que ses photos révèlent une poupée ronde. Ce visage neutre permet à l'artiste de faire jaillir des identités multiples. Dans l'exposition, le spectateur devient voyeur excité par le show exhibitionniste de Sherman. Face à l'artiste, c'est une autre musique : on est tenu à distance par sa réserve. Pas un geste ni un mot plus haut que l'autre.

Elle explique : "Je sens que l'on veut entrer dans mon cerveau. Des gens imaginent un monstre, et ils se demandent où il est passé quand ils me font face. Ils sont déçus car je suis normale. Ce n'est pas moi dans l'exposition. Quand je parle d'un des personnages, je dis "elle" ou "ça"." Cette brune aux yeux bleus se teint les cheveux en blond depuis huit ans. " Pas pour ressembler à Marilyn, mais parce que c'est la couleur qui me va le mieux à cause de ma peau claire. Tout chez moi est clair."

Une femme rangée donc, qui vient d'emménager dans un atelier à New York, fréquente une salle de gym presque tous les jours et partage sa vie avec un perroquet. "C'est comme si j'avais un enfant de 2 ans à la maison : ça prend du temps." Cette fille de la middle class a fait du chemin. Ses jours sont ceux du "top ten" des artistes les plus demandés au monde. Elle est l'emblème du photographe qui a su s'imposer dans les musées depuis vingt ans, et ses grands formats peuvent atteindre 400 000 euros pièce.

Mais elle ne se montre pas en ville. "Je n'appartiens pas à la jet-set. Je fais juste ce que je dois faire. Peu d'interviews, quelques soirées de bienfaisance dans les musées. Je reste beaucoup dans ma maison." Elle déteste Bush mais ne le claironne pas. "Tout le monde se fiche de ce que pensent les artistes. Le monde de l'art est si petit... Et puis je ne pense pas qu'une oeuvre fasse gagner des voix." Une seule fois, en 1998, elle a accepté de figurer dans un film, Pecker, de John Waters. "Je ne pourrais pas être actrice. Trop peur." Elle fuit les photographes. "Je ne sais pas quoi faire de mon corps."

Comment une femme aussi réservée peut-elle devenir complètement allumée sur ses photos ? Plongeons dans l'enfance. A 9 ans, elle aime prendre des instantanés familiaux avec son appareil Brownie, qu'elle colle dans A Cindy Book (le livre de Cindy). Comme le faisait Lartigue, à la fin du XIXe siècle. Elle adore surtout jouer avec des vieux costumes et des déguisements de princesse, piochés dans une malle. "J'aimais me transformer." Pour s'inventer des histoires ? "Non. Mon imagination ne partait pas. Juste le plaisir de me voir changer et jouer des rôles." Elle étudie la peinture à l'université de Buffalo, où elle réalise des autoportraits et des tableaux réalistes. On remarque d'abord la dilettante qui surgit, déguisée - notamment en femme enceinte -, à des vernissages d'artistes. "Je m'habillais pour sortir en ville." Son ami, l'artiste Robert Longo, finit par lui dire : "Tu devrais documenter ça." Garder une trace en photos de ses performances vestimentaires.

Cindy Sherman a trouvé sa voie. 1977 : elle incarne 69 personnages de films de série B (Untitled Film Stills) qui invitent le spectateur à s'imaginer une histoire avec cette pin-up sexy cantonnée à la cuisine ou traquée par un inconnu. Hitchcock n'est pas loin. C'est la femme fatale telle qu'elle se répand dans les magazines et à la télévision, l'incarnation du désir masculin. Première oeuvre marquante. Succès planétaire.

Sherman triomphe parce que ses images attractives tranchent avec l'art raide de l'époque. "On était au sommet de l'art conceptuel. C'était si sérieux ! Il fallait lire des livres entiers pour comprendre de quoi il s'agissait. Je voulais créer une oeuvre où tout le monde pouvait se reconnaître tout en étant subversive. Ces femmes sont sexy mais ne sourient pas. Elles sont amoureuses et tristes à la fois. Si on gratte un peu, il y a quelque chose de pas net."

Elle en rajoute, en 1981, avec des photos en couleur, larges comme un écran de cinéma, où les jeunes filles allongées au lit ou sur le sol semblent pleurer l'amant volage. Les féministes lui tombent dessus. Et la revue Artforum, commanditaire de la série, refuse de la publier. "Ç'a été mal interprété, dit Cindy Sherman. Beaucoup voyaient des victimes alors que mon propos était de savoir pourquoi regarder ces filles provoque de l'érotisme." On lui demande d'ajouter un texte aux photos pour lever l'ambiguïté. "Surtout pas ! Mes photos ne sont pas un clou enfoncé dans la tête des gens. Aucune n'a de titre. L'interprétation doit être multiple. Et j'ai beaucoup changé de registre." En effet. Le temps passant, la jolie fille se détériore pour devenir un masque qui pue la mort. Des prothèses en plastique la transforment en monstre. En 1996, cette fan de films d'horreur réalise un long métrage, Office Killer, dans lequel une secrétaire dévouée tue un à un ses collègues de bureau. "Il y a assez de belles choses dans la nature pour ne pas en ajouter. Dans mes contes de fées, il y a du sang, des postiches, de la chair. Je cherche à créer le frisson du grand huit : sauter de l'excitant à l'effrayant. Et j'ai beaucoup observé la femme américaine." Elle dit ne pas être obsédée par la vieillesse. "Mais je ne me vois pas faire ça à 75 ans."

Sherman n'apparaît jamais nue. Dans les scènes pornographiques, elle disparaît de l'écran pour laisser la place à des mannequins en plastique. Elle se souvient qu'à l'université une professeure a demandé de concevoir une série photos dont l'idée même effrayait ses étudiants. "Elle les emmenait dans des chutes d'eau. Ils enlevaient leurs vêtements et se photographiaient nus. Cette idée m'horrifiait. J'ai trouvé ma vraie phobie : me photographier nue. J'ai réalisé la photo. Je ne l'ai jamais exposée. Voilà la vraie Cindy Sherman."

Michel Guerrin

Article paru dans l'édition du journal Le Monde du 18.05.06

L'exposition de photographies de l'Américaine Cindy Sherman au Jeu de paume à Paris, du 16 mai au 3 septembre 2006.

PHOTO AFP/PIERRE VERDY
Les élans romantiques de Friedrich allemand
Ajouté le 09/05/2006 - Auteur : root
oixante-dix tableaux et cent vingt oeuvres sur papier : la rétrospective consacrée par le Museum Folkwang d'Essen au romantique allemand Caspar David Friedrich (1774-1840) est la plus importante jamais réalisée. La précédente datait de 1974, et ses responsables n'avaient alors pu obtenir, par exemple, le prêt d'un tableau essentiel, Falaises de craie sur l'île de Rügen, qui ne bouge jamais de la collection Oskar Reinhart de Winterthur. Cette fois-ci, l'oeuvre a fait exceptionnellement le déplacement.

Le parcours, organisé de manière thématique, débute par trois tableaux qui peuvent résumer le propos. Un portrait peint en 1811 par Georg F. Kersting représente Friedrich dans son atelier : chaussé de charentaises, l'artiste est concentré sur l'exécution d'un tableau dans un espace d'une austérité confondante.

Seuls pendent au mur un T d'architecte et une équerre, symboles tant de l'intérêt de Friedrich pour la franc-maçonnerie que de la construction extrêmement rigoureuse de ses compositions. Une caractéristique généralement éloignée du romantisme, qu'on imagine plutôt échevelé, mais qui se vérifie dans toute l'oeuvre de l'artiste : chaque tableau est composé selon une géométrie implacable, souvent basée sur le nombre d'or.

Ainsi celui le représentant avec son épouse assis à la proue d'un voilier et regardant une ville surgir à l'horizon. Le mât, les haubans, les structures de la carène et la succession des trois voiles déployées concourent à focaliser l'attention sur le couple. Même réflexion pour une de ses oeuvres les plus célèbres, La Mer de glace. Un chaos de glaciers si parfaitement brutal et effrayant que ce sentiment ne peut provenir que d'une organisation inflexible des formes.

C'est le génie du peintre romantique allemand : il met au service de l'expression des sentiments une répartition sans faille de toutes les parties du tableau. Il faut avoir cet élément à l'esprit quand on aborde le reste : la lutte vaine d'un navire brisé par les éléments, l'humain impuissant et écrasé par la nature, et jusqu'au souvenir du frère aîné de Friedrich, mort en sauvant son cadet d'une noyade après qu'il eût crevé la glace où il patinait.

Les premières années de Friedrich sont suédoises : la ville de Greifswald, où ses parents sont savonniers, ne devient allemande qu'à la suite d'un ajout aux actes du Congrès de Vienne, en 1815. Ses études, il les a faites à Copenhague. Pourtant, c'est à Dresde, où ont lieu ses premières expositions, qu'il va s'installer. De même que les troupes françaises, l'occupation de l'armée napoléonienne lui inspire un vif sentiment de rejet, dont, selon les spécialistes, on trouve des traces dans certains de ses tableaux, comme le Tombeau des combattants morts pour la liberté, peint en 1812, ou dans la faluche, ce béret de rapin arboré par les jeunes étudiants nationalistes, avec lequel il se représente souvent.

La symbolique de Friedrich a fait l'objet de passionnants commentaires : ainsi ce tableau où une barque passe entre deux navires allemands pour rejoindre un vaisseau suédois témoignerait des tiraillements de l'artiste au moment du traité de Vienne. Cet autre, retraçant les âges de la vie, montre Friedrich de dos, ainsi qu'il s'est toujours représenté, coiffé, malgré l'âge, de la fameuse faluche, tandis qu'un enfant, son petit-neveu, agite un drapeau suédois.

DOUBLE PERSONNALITÉ

Toute sa vie, Friedrich restera marqué par cette ambiguïté, qui gagne aussi sa peinture, et qui se double de l'interrogation chère à Musset sur les valeurs réciproques de la raison et de la passion. Un problème que Friedrich résume en se posant en Janus : "Ce peintre-ci sait ce qu'il fait, tandis que celui-là sent ce qu'il fait ; si l'on pouvait de ces deux peintres n'en faire qu'un seul !" Tout en cultivant cette double personnalité, il s'assigne un programme : "Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu'il voit devant lui, mais également ce qu'il voit en lui. S'il ne voit rien en lui, qu'il renonce également à peindre ce qu'il voit devant lui."

Le sculpteur français David d'Angers n'avait pas tort lorsqu'il lui concéda la création "d'un nouveau genre : la tragédie du paysage" ; il est sublime, et l'homme y est dominé. Dieu aussi : Le Retable de Tetschen, son christ en croix réduit à la dimension d'un calvaire de province et juché sur une montagne vertigineuse, fit scandale en son temps.

A mesure que se mettra en place la révolution industrielle, la tension s'inversera, et c'est l'homme conquérant que peindront les réalistes. Après avoir été célèbre, acheté tant par le prince du Danemark que par le tsarévitch Nicolas Ier, pour lequel il exécute des curiosités, des paysages conçus à base de calques transparents, qui changent selon l'éclairage, et doivent être accompagnés par une musique jouée par l'orgue de verre conçu par Benjamin Franklin, Friedrich rentrera dans l'ombre.

Il faudra attendre une exposition en 1906, coïncidant avec la montée du nationalisme allemand, pour qu'il soit redécouvert et devienne un symbole du pays. Hartwig Fischer, le directeur du musée d'Essen, confie que, dans l'examen auquel sont soumis aujourd'hui les étrangers aspirant à la citoyenneté allemande, figure une question sur Friedrich.

Harry Bellet
Article paru dans l'édition du 09.05.06 du journal Le Monde

 

 

 
Espace Création - Galerie St Louis : 6 rue Notre Dame, 83000 Toulon, Tél 04 94 22 45 86 / 06 77 00 08 52, email : Henri.Hermellin@wanadoo.fr